Vacqueyras à la conquête de la lumière, par Antoine Pétrus

En Magnum+ Antoine Petrus

Dans son périple, le dégustateur en charge de la vallée du Rhône pour le guide Bettane+Desseauve a fait une étape à Vacqueyras. Il nous signale les vins qu’il a le plus aimés – En Magnum+ #11, Juillet 2025

« Vacqueyras a longtemps vécu dans l’ombre de deux géants. Châteauneuf-du-Pape, évidemment, qui brille depuis si longtemps par la réputation de ses vins, et Gigondas, avec lequel l’appellation vacqueyras partage certains terroirs communs. Si ses deux voisins proposent désormais des vins en AOC dans deux couleurs (rouges et blancs), vacqueyras propose aussi des rosés, avec une réussite égale. Cette qualité dans les trois couleurs met en lumière la grande diversité de styles et de terroirs de l’appellation. Le brillant géologue Georges Truc, qui fait autorité en matière d’identification des sols de la vallée du Rhône, a d’ailleurs cartographié précisément quatre grands terroirs à Vacqueyras.

Reconnaissons-le, ils sont encore largement méconnus. Les sols d’une partie de l’aire d’appellation sont essentiellement composés de safres et de marnes du Miocène qui confèrent beaucoup de soyeux à la texture des vins qui en sont issus. Ceux des zones du petit vallon de l’Oligocène et du piémont de Beauregard donnent aux vins un éclat et une intensité aromatique propres aux sols marneux. Très complexes, les sols du cône de la Font des Papes et ses sables fins offrent des vins souples et rapidement accessibles. Enfin, ceux de la grande terrasse des Garrigues, avec ses galets et ses argiles, apportent du moelleux et de la chair. Depuis plus de trois décennies, un travail de fond a été engagé pour améliorer sensiblement la qualité des vins. Au début des années 1990, les vins étaient, à mes yeux, souvent à l’image de ceux des deux appellations voisines précédemment citées, denses, riches, boisés, issus de raisins sur-mûrs avec, à la clé, des évolutions prématurées en bouteille, pour les blancs comme pour les rouges. La décennie 2000 a vu naître, notamment lors des millésimes contrastés comme 2002 ou 2008, des vins avec plus de nuances, sur le registre de la finesse, élaborés davantage à partir du potentiel des raisins plutôt qu’en fonction de choix techniques de vinification. Cette tendance s’est confirmée à partir des années 2010 avec l’émergence d’une nouvelle vague de vignerons engagés dans la voie de l’agriculture biologique et biodynamique.

Ces pionniers ont trouvé une relève avec une génération encore plus consciencieuse quant aux travaux de la vigne et qui s’est recentrée sur le grenache, cépage fort du secteur. Elle le travaille aujourd’hui avec des extractions mesurées pour donner des vins aux tannins moins anguleux, plus ronds et tendres que par le passé, voire très déliés pour ceux issus de certains terroirs. Un raffinement dans lequel s’inscrit une large partie de la production vacqueyrassienne, faite de rouges et de blancs élégants, salins et salivants. Sa belle diversité de cépages permet aussi de proposer des rosés de personnalités différentes de celles des autres appellations du sud de la vallée du Rhône, plus tanniques et épicés, et avec cette patine qui leur donne un vrai supplément d’âme.

Comme souvent, le temps est un allié et les vacqueyras sont encore meilleurs après cinq à sept ans de garde, attente nécessaire pour révéler l’intensité de ces vins lumineux. »

Domaine Le Clos des Cazaux, Vacqueyras Rouge Vieilles Vignes 2023
Un élevage long a donné du corps, du volume et de la personnalité à ce vin de terroir qui exprime des senteurs musquées et des notes de fruits confits. On aime sa dimension pulpeuse.
91/100

Domaine Le Clos des Cazaux, Les Clefs d’or Blanc 2023
Avec ses notes de camomille et de fleurs blanches, c’est un vin de belle gastronomie, riche et consistant en bouche.
92/100

Antoine Pétrus pour le magazine En Magnum+

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